Manifeste pour une nouvelle commune 

Le 18 mars 1871, les Parisiennes et les Parisiens se rebellaient contre l’ordre établi. Ils se réclamaient du droit à l’insurrection de la Constitution de 1793, depuis interdite dans le droit pénal par peur qu’on ne coupe de nouvelles têtes. Débattre, contester et s’insurger constituent pourtant les fondements de la démocratie. C’est ainsi qu’est née la Commune de Paris. 

À l’époque, il fallait rappeler à l’esprit du gouvernant la condition de l’Etat, c’est-à-dire la protection de tous et les objectifs de la démocratie : assurer un droit protecteur des plus faibles face aux plus forts, rééquilibrer les rapports de domination entre l’esclave et le maître, enfin, garantir au pauvre l’essentiel pour vivre.

Cent cinquante ans plus tard, les mêmes causes risquent de provoquer les mêmes effets. Les laissés-pour-compte de la République ne sont pas immunisés à l’égard de la révolte qui a suscité des vocations à travers le monde, de Kronstadt à Barcelone. Parce qu’en 1871 tout comme en 2021, les gouvernants font preuve d’un mépris à l’égard du plus grand nombre, un mépris qui mine la légitimité de la chose publique pourtant sacrée. 

À l’hypothèse d’une sûreté constante s’est substitué progressivement un état d’insécurité permanente, une insécurité sociale qui voit nos gouvernements successifs absoudre des droits essentiels et rogner sur les libertés. 

L’idéal communard, celui d’une révolution sociale et démocratique contrarie ce projet funeste. 

Cet héritage qui prône une démocratie directe et participative mérite d’être rappelé aujourd’hui et il nous incombe de restituer aux citoyennes et citoyens les armes dont elles et ils ont été privé(e)s. La démocratie, au sens de la Commune, doit non seulement libérer la personne humaine du besoin mais aussi de la peur en lui donnant les moyens, à travers l’enseignement, de développer son esprit critique et donc de mieux distinguer les menaces. 

Le politique s’est trop longtemps compromis à confondre le sens de l’action nécessaire, celle de répondre aux causes de nos malheurs et a préféré promettre des lendemains qui chantent. Tant et si bien que le débat public est aujourd’hui pris en otage par une pensée simpliste qui concentre plutôt l’attention sur un bout de tissu que sur la sauvegarde de la biosphère

Le gouvernant privilégie les beaux slogans, les raisonnements simples qui désignent les coupables parfaits, les fakes news de circonstances, les discours qui piétinent la pensée complexe et prétend résoudre les problèmes par des dilemmes où l’on est toujours contraint de choisir le moindre mal.

De ce constat, nous tirons la conclusion qu’il faut une société durable et juste qui place le citoyen au cœur de la commune. C’est pourquoi, nous prenons notre part à ce dessein et créons un nouvel espace de réflexion, “Nouvelle Commune”, qui permettra l’intervention permanente des citoyens dans les affaires publiques. 

À ce titre, nous défendrons les piliers de l’idéal communard de 1871 : la promotion du vote populaire et de la démocratie directe, la décentralisation réelle de l’Etat, la possibilité de révoquer les élus, une politique d’urgence sociale qui organise la réquisition des logements vacants au bénéfice du plus grand nombre… 

Et les propositions de cette nouvelle commune : l’égalité réelle entre les genres ; la défense de l’environnement et la reconnaissance du crime d’écocide ; le refus d’une certaine sécurité globale jusqu’à la régulation soutenable du cannabis ou une politique de souveraineté de la santé et de renforcement de la sécurité sociale… pour, surtout, ne plus se résoudre à voter pour un individu dans lequel le destin d’un peuple de 67 millions de personnes serait confiné. 

2021, point de défaite de Sedan ni de royalistes à l’Assemblée, nous dira-t-on.

Cent cinquante ans plus tard, nous ne nous emparons non pas des canons de Montmartre mais pénétrons les espaces de parole et de réflexion. Cette commune ne produira jamais de candidat et ne se présentera à aucune élection. Elle construira des idées pour transformer durablement nos sociétés et répondre aux promesses de la démocratie, à la fois exigence quotidienne et objectif primordial. 

Pressons-nous, commençons le travail, passons à l’offensive, et comme le concluent eux-mêmes les communards “nous avons la mission d’accomplir la révolution moderne, la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illustré l’histoire”.

Signataires

Béchir Saket

Ben Cramer

Lola Gourdon

Flora Ondet

Clémence Facchinetti

Safia Lebdi

Michel Sitbon